Lettre ouverte réclamant une réaction à la COVID-19 qui tient compte des différences entre les genres

Vous êtes ici : Accueil » Lettre ouverte réclamant une réaction à la COVID-19 qui tient compte des différences entre les genres

Monsieur le Maire Watson,

Mesdames et Messieurs membres du conseil municipal,

L’Initiative : une ville pour toutes les femmes (IVTF) est de plus en plus préoccupée par l’absence d’une optique d’équité et d’inclusion au sein des interventions d’urgence de la Ville face à la COVID-19. Bien que la Ville ait pris plusieurs mesures positives, comme l’inclusion d’une diversité de voix dans la planification de l’intervention d’urgence, il y a encore des femmes qui passent à travers les mailles du filet.

L’impact disproportionné de la pandémie sur les femmes, en particulier les femmes marginalisées sur le plan socio-économique, est bien documenté dans des recherches réalisées au Canada et ailleurs dans le monde (en anglais). Dans ces circonstances sans précédent, l’IVTF exhorte la Ville à employer, à toutes les étapes de la planification et de la mise en œuvre de son intervention d’urgence, une optique d’équité et d’inclusion avec un accent particulier sur l’intersectionnalité des genres. De cette façon, toute intervention d’urgence prendra en compte la pleine diversité des femmes, des hommes et des personnes de diverses identités de genre.

Voici les mesures que nous proposons pour aider les femmes dont les vulnérabilités se sont aggravées pendant la pandémie :

Mettre en œuvre des mesures d’urgence pour les femmes victimes de violence fondée sur le genre

Nous entendons parler d’une augmentation de la violence conjugale, exacerbée par les mesures d’isolement. Le secteur de la violence faite aux femmes fonctionne au maximum de sa capacité et nos partenaires communautaires craignent que pendant longtemps encore, les femmes et les enfants en situation de crise n’aient nulle part où aller.

Bien que les services d’assistance téléphonique et l’accès aux services de première ligne soient cruciaux, l’IVTF demande à la Ville d’élaborer un plan d’action pour protéger les femmes à risque accru de violence conjugale. Nommément :

  • coordonner une intervention multipartite face à ce risque accru de violence fondée sur le genre;
  • intensifier la collaboration entre les différents services municipaux et avec les organisations afin de cerner les besoins essentiels;
  • héberger adéquatement le surnombre de femmes qui fuient la violence.

Assurer aux femmes sans abri un accès sécuritaire, adéquat et certain à l’hébergement et aux autres services pour répondre à leurs besoins cruciaux

La Ville a déclaré une crise du logement plus tôt cette année et c’est tout à son éloge; maintenant plus que jamais, il est clair que le logement, c’est la santé. Nous entendons constamment les femmes dire que la COVID-19 a mené à des pertes d’emploi, des difficultés financières et une capacité réduite de payer le loyer, la nourriture, les médicaments et autres services essentiels. De plus, les femmes sont touchées de manière disproportionnée par le sans-abrisme caché (en anglais), ce qui augmente leur risque d’exposition à la COVID-19.

  • L’IVTF appelle la Ville à héberger adéquatement les personnes en situation de dépendance ou de sans-abrisme dans des endroits sécuritaires où ils peuvent respecter les mesures de distanciation sociale et avoir accès à des services essentiels.
  • Nous exhortons la Ville à suivre l’exemple donné par Toronto (en anglais) et à faire l’acquisition d’hôtels et d’immeubles locatifs pour loger les sans-abri.
  • Nous appelons la Ville à offrir des services essentiels aux personnes sans abri à Ottawa, comme des postes publics de lavage des mains, des services de nourriture et de médicaments et des services de dépistage.
  • Nous exhortons la Ville à examiner la prestation de services essentiels en tenant compte des différences entre les genres; par exemple, veiller à ce que les travailleuses du sexe continuent d’avoir accès à des mesures de soutien comme la nourriture et les tests de grossesse.

Il est important que les services essentiels soient accessibles par le biais des organisations communautaires et des fournisseurs de services de première ligne plutôt que par les agents de police et les autorités policières (en anglais), qui risquent de dissuader certaines personnes, surtout les personnes racialisées, de recourir aux services.

Reconnaître la division des tâches selon le genre et appuyer les femmes qui occupent un emploi précaire

Nous entendons parler de préposées aux services de soutien à la personne, de caissières et de femmes de ménage – des emplois occupés de manière disproportionnelle par des femmes – qui gagnent des salaires peu élevés sans bénéficier d’avantages sociaux et qui sont maintenant considérées comme travailleuses essentielles. De plus, les femmes continuent d’assumer une part accrue du fardeau des soins à la famille, ce qui les rend particulièrement vulnérables. Les recommandations d’auto-isolement et de distanciation sociale placent les dispensatrices de soins, le logement et les quartiers au premier plan de la campagne de santé publique pour lutter contre la COVID-19 à Ottawa. Cette situation souligne l’importance de la planification à l’échelle locale dans une ville qui prend au sérieux le travail des personnes qui prennent soin des autres, aussi bien à court qu’à long terme.

  • L’IVTF appelle la Ville à investir dans les services essentiels comme les ressources en santé mentale et le soutien aux services de garde, surtout pour les mères seules et les femmes qui fournissent des services essentiels dans nos communautés.
  • Nous exhortons la Ville à suivre l’exemple donné par Edmonton (en anglais) et d’autres municipalités canadiennes (en anglais) et à offrir gratuitement les services de transport à celles qui comptent toujours sur le transport en commun pour se rendre au travail et s’acquitter de leurs responsabilités familiales.
  • Nous demandons à la Ville d’adopter une approche équitable aux loisirs, étant donné que les espaces verts publics peuvent sans danger être mis à la disposition des gens qui n’ont pas accès à des aires extérieures. Cela appuierait également les demandes(en anglais) faites à la Province d’inclure les jardins communautaires dans la liste des services essentiels, puisqu’ils nourrissent des familles vulnérables.

Fournir un accès équitable à l’information et aux services

Nous entendons parler de femmes à faible revenu ou sans abri qui n’ont qu’un accès limité à la plus récente information, situation aggravée par les barrières linguistiques et l’absence d’accès à un téléphone, Internet ou un ordinateur. Puisque l’information change quotidiennement, il est essentiel qu’elles aient accès à de l’information fiable.

  • Nous appelons la Ville à améliorer l’accès à l’information en ligne et par voie de radio, de télévision, de la presse écrite et d’annonces dans les autobus, par exemple, et à diffuser l’information dans une multiplicité de langues.

La Ville a fait preuve d’un excellent leadership en matière d’égalité des genres, mais il faut aller encore plus loin. La réaction de la Ville d’Ottawa à la crise de la COVID-19 repose sur les piliers essentiels d’une ville résiliente, équitable et inclusive. Nous encourageons la Ville à reconnaître l’importance de ces piliers et à les intégrer pleinement dans tous les aspects du nouveau plan officiel et des politiques liées. Nous vous exhortons à collaborer avec les autres paliers du gouvernement pour garantir un niveau de vie de base à tous et à toutes. Nous devons travailler ensemble pour veiller à ce que ces mesures ne soient pas appliquées uniquement en situation de crise, mais pour que notre infrastructure sociale, appauvrie depuis longtemps, obtienne des investissements et une croissance bien nécessaires afin que des pandémies et d’autres crises à venir n’aient pas un impact aussi important sur notre société.

Nous serons heureuses de travailler sur cette question avec vous.

Salutations distinguées,

Valerie Stam (directrice exécutive)

avec Khulud Baig (coordonnatrice de l’engagement communautaire) et le conseil d’administration de l’IVTF : Sado Ibrahim, Anita James, Kelsey Lemon, Jenny Gullen, Delores Peltier-Corkey, Valérie Assoi, Andrea Balfour, Patricia Harewood, Jill Wigle, Pascasie Minani et Zainab Muse.

Envoyez un courriel au maire Jim Watson pour soutenir la lettre ouverte